De la centralité spirituelle a la centralité sociale, quelle place pour l'héritage socio-culturel
Auteur : BEN ATTOU Mohamed
Résumé:
La diversité symbolique du patrimoine culturel de Ksar-el-Kébir (KEB) à travers la singularité et la centralité « d’une médina rebelle » et non makhzania offre de nouvelles perspectives en matière de potentialités d’un tourisme durable. Cependant, l’article montre à partir de l’exemple de KEB, qu’il n’y a pas de solutions miracles. L’injection des moyens matériels dans des projets sectoriels de réhabilitation utilitaire ou de sauvegarde stratégique de lieux et de monuments sous des logiques d’investissement touristique et/ou culturel a montré ses limites. Cette action n’est pas durable sans la dimension humaine. Il faut d’abord connaître et faire connaître la société locale dans ses potentialités et ses limites, dans ses heures et ses malheurs pour pouvoir prétendre donner un sens à l’architecture vernaculaire qui n’est qu’une composante du patrimoine. Pour cela, il faut repenser la médina marocaine dans la lumière à partir de ce qu’elle est et non pas à partir de ce que l’on veut qu’elle soit. Le patrimoine est une notion universelle à l’échelle humaine où l’histoire n’est jamais achevée, où l’espace est inversé. Il tient davantage à des adaptations fonctionnelles qu’à des questions de logique structurelle. En s’intéressant au contenu-contenant, il semble que les formes, les volumétries, les typologies, la rhétorique d’une expression vernaculaire, le modernisme ne sont souvent qu’un langage formel. Ce sont les hommes, les modes de vie qui donnent au patrimoine culturel à vocation touristique son sens au pluriel et à ces concepteurs l’outil de soigner d’autres paradigmes plus ontologiques, plus anthropologiques que plastiques. Il n’existe donc pas de recette magique ni d’expertise à la commande ou de compétence de pointe uniforme pour gérer le patrimoine n’importe où selon des GPS et des matrices numériques à n’importe quel prix. Les contextes sont très complexes et nécessitent compréhension, conciliation, soutien, sponsoring et citoyenneté. Ce n’est pas aujourd’hui que l’approche policière, le déracinement spontané, l’acculturation, la transformation à coup de dollars ou la normalisation qui vont sauvegarder et valoriser un patrimoine aussi symbolique que celui de KEB. Certes, un effort considérable doit être fourni par des structures spécialisées et responsables en vue d’un classement à l’exhaustif de tous les monuments. Cependant, la conciliation patrimoniale en matière de gestion ne doit pas se limiter uniquement au vernaculaire.
Mots clés : Médinas du Nord du Maroc, centralité sociale, diversité symbolique, architecture vernaculaire, potentialités touristiques, gestion patrimoniale.